Toujours très pragmatique, la presse chinoise réfléchit aujourd'hui aux répercussions du Brexit sur les échanges et les relations sino-britanniques.

Elle souligne 4 conséquences majeures :

1/ Le Brexit entraine la chute de la livre. Anticipée de 10 à 20% par Citigroup, la livre chute déjà de plus de 7% face au dollar ce matin. Par conséquent, étudier en Angleterre devient bien moins onéreux ! De plus, le Brexit entrainera certainement une réduction des échanges universitaires ERASMUS qui favorisaient les étudiants européens dans les universités britanniques. Ainsi, les quotas d’étudiants chinois en Angleterre devraient être revus à la hausse !

2/ La livre se déprécie au profit du dollar et cela risque grandement d’accroitre la pression sur la dévaluation du Yuan.

3/ Le Brexit perturbe le processus d’internationalisation du Renminbi (le Yuan, la monnaie du Peuple). En 2015, la Chine émet sa première obligation souveraine à Londres. Pour la Chine, Londres devient donc le deuxième centre financier de règlements en Renminbi après Hong-Kong. Cependant, le Brexit vient sonner le glas des dividendes escomptés. D’autre part, le coût de la stratégie des institutions financières chinoises qui avaient choisies la porte londonienne pour accéder aux marchés européens va se payer très très chère ! Il va en effet falloir répartir ces obligations sur d’autres bourses telles que celle de Paris, d’Amsterdam…

4/ Enfin, les accords commerciaux entre la Chine et l’Europe vont connaître des ralentissements probables.

Le PDG de Xitouwang 喜投网 Huang Sheng 黄生, l’un des jeunes investisseurs les plus influents en chine (son blog « Huang Sheng regarde l’économie » est suivi par plus d’un million de personnes) livre son analyse sur les suites duBrexit : Il pense qu’à court terme, la situation pourrait ressembler à celle de 2008 car un des premiers effets de la crise est de réduire la demande des pays occidentaux pour les produits made in China, alors que l'économie du géant asiatique est très dépendante de ses exportations. Mais il insiste sur le fait que c’est une crise du commerce extérieur et pas la conséquence d’un problème structurel d’économie intérieure.

Il appelle au calme les investisseurs afin de ne pas recréer la panique de 2008 et essaie de rassurer les petits porteurs. Enfin, il dit que « la Chine est un étang bien fermé où il est très difficile de venir naviguer mais d’où il n’est également pas facile de sortir. Dans une situation de bouleversements économiques mondiaux, il est objectivement possible de protéger le système financier chinois si ce dernier n’est pas attaqué de l’intérieur, la Chine ne doit donc pas céder à un vent de panique et laisser le désordre s’installer en son sein.»

Huang Sheng croit aussi que le départ de la Grande Bretagne signe la désintégration de la substance de l’Europe. Il craint que l’accord TPP* ( Accord de Partenariat transpacifique) qui visent à intégrer les économies des régions Asie-pacifique et Amérique, et respectivement l’accord TIPP (partenariat transatlantique de commerce et d’investissement) ouvrant le marché américain aux entreprises européennes, soient repoussés d’au moins dix ans, voire ruinés, réduisant ainsi à néant de belles opportunités économiques pour la Chine.

Enfin, Huang Sheng appelle les chinois à être pragmatiques et à saisir les opportunités que la dévaluation du Yuan peut entraîner sur la dette et sur la bulle spéculative immobilière. Il déplore qu’en 2008, la Chine n’ait pas su profiter de la crise des sub-primes américaines et de la crise de la dette européenne mais qu’au contraire elle se soit laissée emportée par l’agitation et la peur.

Méthode Coué, propagande patriotique, conviction ou prémonition ? Hua Sheng déclare à la fin de son article : « cette fois, la Chine doit absolument saisir cette rare opportunité de crise européenne - que l’on ne rencontre qu’une fois tous les cent ans - pour prendre l’ascendant sur la scène économique mondiale ».

Il ajoute « qu’aujourd’hui, nous ne sommes qu’au début de cette crise qui va engendrer la désintégration de l’Europe. La Grande-Bretagne va souffrir un moment mais sur le long-terme, c’est une bonne chose pour son économie. Pour les Etats-Unis, c’est un constat mitigé, un bonne chose car le rival européen et l’euro se désagrègent mais attention au second rival : la Russie qui pourrait reprendre un rôle plus important sur la scène internationale. Mais après un passage difficile du aux ralentissement de ses exportations, c’est vraiment la Chine qui a le plus à gagner de cette crise »

A elle de savoir saisir sa chance…

* Singapour est également membre signataire du TPP.


NB : Un clin d'oeil de Singapour, l'image qui circule aujourd'hui sur tous les réseaux sociaux singapouriens...