Fu Qiang, interrogé sur cette première moitié d’année 2016, estime que les tendances de l’économie mondiale sont plus que jamais incertaines. Tout d’abord, il pense que la relance américaine est exagérée. Selon lui, il s’agit davantage d’une reprise quantitative que qualitative : depuis 2007, 1 400 000 fonctions ont disparu dans les entreprises manufacturières tandis que concomitamment, le même nombre de postes ont été créés dans les services de restauration et d’hôtellerie. Il s’agit par conséquent d'une baisse qualitative du marché de l’emploi. Le coût du travail augmente et a alors pour corollaire une rentabilité des entreprises en baisse. Fu Qiang en déduit que si les USA ne recouraient pas à l’assouplissement quantitatif (QE quantitative easing), l’économie américaine aurait certainement un autre visage aujourd’hui. C’est pourquoi la FED est si prudente vis à vis de l’augmentation de ses taux d’intérêt. Ainsi, Fu Qiang en conclut que l’économie des USA ne connaît pas de problème structurel majeur : le pays est pareil à un « un vieillard en bonne santé mais qui n’a plus de vitalité ».

Il pense, qu’en comparaison, les économies du Japon et la Grande-Bretagne sont bien plus inquiétantes. Le Japon est dans une impasse avec une dette considérable qui dépasse de loin celle de la Grèce et de l’Italie. Quant à sa politique monétaire, le gouvernement Abe doit déjà faire face à la déflation : « Or, nous savons par expérience que cela peut engendrer davantage de risques économiques systémiques. ». Il en est de même pour la plupart des pays européens dont les dettes publiques sont très importantes. De plus, l’Europe fait face à une incapacité d’apporter la moindre réponse commune à cette problématique. En réalité, l’Europe et le Japon sont déjà à cours de « munitions » et ces deux gros systèmes économiques n’ont pas trouvé de solutions pour réformer leur structure. En ce qui concerne les économies émergentes, elles sont frappées de près ou de loin par la faible croissance des autres économies...
Singapour repose pour sa part sur un système économique extrêmement ouvert avec une forte interrelation aux plus grandes économies mondiales. Donc, que ce soit les risques de hausses des taux de la FED ou bien les conséquences du Brexit, tous ces bouleversements peuvent représenter un risque pour Singapour. Ces dernières années, la croissance de la Cité-Etat a ralenti et c’est une répercussion directe de l’économie mondiale. Fu Qiang pense que la croissance va continuer à s'infléchir à Singapour.
Du point de vue macro-économique, Fu Qiang considère qu’au niveau national comme au niveau des banques centrales, « toutes les munitions » ont déjà été épuisées. Seuls les USA et la Chine possèdent encore « quelques cartes » dans leur main. Ces deux grands systèmes économiques sont différents de ceux de l’Europe et du Japon. Ces deux derniers sont pareils « à deux vieillards cancéreux, les Etats-Unis sont un vieillard en bonne santé sans problème structurel avec une énorme tolérance pour le libéralisme. En Chine, il reste encore beaucoup d’espace pour libérer les forces économiques. Au niveau de ses finances, la Chine a "d’importantes réserves de munitions" avec une dette dont les proportions demeurent acceptables. La position de la Chine est peut-être plus favorable que celle des Etats-Unis dans le sens où le gouvernement a une capacité très large quant à la prise de décision et à l’implémentation des réformes.
Interrogé sur les risques à venir, Fu Qiang répond qu’ils sont très nombreux. Il pense que l’engouement des marchés pour l’Inde est excessif et pense que les réformes engagées et promises doivent être davantage contrôlées. En ce qui concerne les pays exportateurs de ressources minérales tels que le Brésil, l’Australie, l’Afrique du Sud, il pense que « le vrai test n’est pas encore arrivé ». Au Japon, il estime également que la baisse des retraites liée au problème démographique de l’explosion des « séniors » va être très compliquée à gérer. Il subsiste donc beaucoup d’incertitudes à venir mais la position de la Chine semble la plus favorable car elle peut se reposer sur un énorme marché intérieur: c’est le plus gros fournisseur d’une demande à court terme. Cette dernière va quand même devoir faire face à de nombreuses questions : comment réguler les flux face à la réforme de l’économie de marché, comment liquider les entreprises déficitaires, comment réinsérer les travailleurs licenciés, comment améliorer le système salarial, comment l’économie réelle peut elle jouer son rôle de soutien de la réforme sans produire de décalage à long terme, ce sont d’épineux problèmes à résoudre pour la deuxième économie mondiale.

(Référence : http://sg.xinhuanet.com/2016-06/30/c_129103705.htm)